L’incertitude liée à la mission est un facteur favorable, et le risque de décevoir augmente. Figurez-vous par exemple que nous serons en escale à Port Blair aux îles Andamans, dès mardi matin… Et voilà untel qui annonce qu’il ira à l’hôtel pour se reposer, que le commissaire s’inquiète de la demande de devises qui arrivera en retard, qu’un autre quidam demande à rentrer en France pour je ne sais quelle raison… Bien sûr, comme pour tous ces bruits, il faut une source… Le commandant ! C’est donc indiscutable ! Alors, comme vous n’êtes pas nés de la dernière pluie, vous avez le droit de savoir que la veille au soir, j’avais rapporté l’étude par l’état-major d’une possibilité de ravitailler en vivres frais assez rapidement au cours d’un passage au voisinage de Port Blair, afin de nous laisser davantage de marge de manœuvre lorsque nous rentrerons dans les bouches de l’Irrawaddy. Il fallait donc se tenir prêts à réagir dès que la décision serait prise… Et voilà ! Le bruit était parti... Mais en l’occurrence, le délai nécessaire de 6 jours pour faire une commande en Inde avait déjà tué le projet dans l’œuf. Sur l’eau, la journée était davantage dominée par un ensemble d’exercices techniques franco-américains. Ainsi avons nous échangé des hélicoptères, ce qui nous a permis d’accueillir des machines encore inconnues sur notre pont. Au déjeuner, une trentaine de marins américains est venue peupler nos carrés, et je peux vous confier que la difficulté à les rassembler pour le départ traduisait assez bien l’impression générale de camaraderie franche entre les deux marines. Dans l’après-midi, nous avons eu le privilège de voir évoluer à notre porte de radier un aéroglisseur « LCAC » particulièrement impressionnant. Entouré d’un nuage de vapeur d’eau qui trempait tout alentour, il a fait de la patrouille serrée à moins de dix mètres de notre radier… Ce soir enfin, le Mistral évolue tout près des eaux territoriales birmanes, à proximité des plates-formes gazières mises en œuvre par Total. Le temps est magnifique à la faveur d’un petit vent de nord-ouest qui a dégagé les gros grains de la mousson.