Nous avons finalement quitté le golfe de Suez peu après minuit et retrouvé pour la nuit une certaine quiétude, hors des rails de navigation commerciale, avant d’embouquer en début de matinée le détroit de Tiran qui ferme le golfe d’Aqaba, juste en face de la station balnéaire égyptienne de Sharm el Check.
L’endroit est particulièrement resserré et les fonds coralliens si proches de la surface que les couleurs sont particulièrement chatoyantes. Un rêve pour les photographes qui peuvent ainsi composer avec l’arrière plan des différentes lignes de montagnes aux ocres variés, rehaussé par le bleu profond de la mer parsemée de crêtes blanches.
Et puis tout près, les récifs et les petits lagons aux tons turquoises surmontés d’épaves battues par les flots. Mais très vite l’horizon se dégage et la remontée vers le Nord Est est somptueuse.
A bord, madame Babey, photographe émérite qui a beaucoup mis en valeur les marins dans ses ouvrages, était aux anges. Pour lui donner la réplique, monsieur Ronan Olier, peintre officiel de la Marine qui nous accompagne jusqu’à Djibouti, s’essayait à « renouveler sa palette ».

Quelques heures plus tard, nous arrivions au point magique qui permet d’embrasser du regard cinq pays différents. Au Nord, l’Egypte presque déserte à cet endroit cède la place à l’Etat d’Israël dans le Nord Est, dont le port d’Eilat constitue un point stratégique sur la mer Rouge, juste à côté de la Jordanie dont le seul accès à la mer est situé à Aqaba. Plus au Sud, c’est déjà les montages de l’Arabie Saoudite dont la frontière se situe à peine à vingt kilomètres d’Aqaba. Et le cinquième me direz-vous… C’est la France bien sûr puisque le Mistral est en permanence une portion de notre territoire !

Nous avons accosté peu avant la nuit à la base navale toute neuve de la marine jordanienne, par un vent soutenu venu démontrer que les prévisions météorologiques ne sont pas une science exacte…